Mauvaise nouvelle pour de nombreux conducteurs de plus de 70 ans : la conduite de nuit pourrait leur être bientôt interdite. Le projet de loi actuellement débattu dans les milieux politiques et médiatiques suscite une vive controverse, et on comprend aisément pourquoi. D’une part, il s’agit de sécurité routière, le nombre d’accidents impliquant des conducteurs âgés la nuit ayant augmenté ces dernières années. D’autre part, se pose la question de la liberté, de l’autonomie et de la dignité des personnes âgées qui ont conduit toute leur vie et à qui l’on interdit soudainement de conduire après 20 h. Le débat se poursuit dans ce contexte complexe, et plus on approfondit la question, plus il apparaît clairement que les enjeux dépassent largement le cadre de quelques statistiques.
L’idée même paraît insurmontable à de nombreux seniors. Imaginez une personne qui a obtenu son permis à 18 ans et qui conduit depuis cinquante ans, voire plus. Pour elle, conduire n’est pas un luxe, mais une nécessité quotidienne. Faire les courses, aller chez le médecin, rendre visite aux petits-enfants, voire même une courte escapade à la campagne : tout cela dépend de sa capacité à prendre le volant. Or, le gouvernement déclare : « Ce n’est plus autorisé la nuit. » Non pas parce que cette personne attire l’attention, ni parce qu’elle a eu un accident, mais simplement parce qu’elle a atteint un certain âge. Beaucoup y voient un paternalisme aveugle. Ils se demandent : est-il juste de traiter tout le monde de la même manière, que l’on soit encore en pleine forme physique à 70 ans ou non ?
Mais les partisans de la loi soulignent les problèmes concrets liés à l’âge. La vision de presque tout le monde change après 70 ans. Les pupilles se rétrécissent, le cristallin s’opacifie et la capacité à percevoir les contrastes diminue. Il devient donc plus difficile de repérer les obstacles dans l’obscurité. À cela s’ajoute l’éblouissement des phares des véhicules venant en sens inverse, que de nombreux conducteurs âgés trouvent extrêmement gênant. Quiconque a déjà été passager d’un conducteur de 75 ans et l’a vu plisser les yeux et chercher la route la nuit comprend pourquoi les experts tirent la sonnette d’alarme. De plus, les temps de réaction augmentent avec l’âge. Ce qui reste un réflexe à 40 ans – freiner brusquement, faire un écart, réagir – prend souvent de précieuses secondes de plus à 70 ou 75 ans. Et ce sont ces secondes qui peuvent faire la différence entre un accident évité de justesse et une catastrophe.
Des études menées dans différents pays montrent que les conducteurs âgés sont impliqués de manière disproportionnée dans les accidents nocturnes. Aux États-Unis, par exemple, le nombre de ces accidents a augmenté de 14 % au cours des cinq dernières années. À première vue, cela peut paraître peu alarmant, mais si l’on considère que les seniors parcourent globalement beaucoup moins de kilomètres que les jeunes, cette augmentation est d’autant plus remarquable. Le risque d’accident de nuit est sensiblement plus élevé pour les personnes de plus de 70 ans. Les décideurs politiques estiment donc qu’il est de leur responsabilité d’agir.